Défi 21 jours – Semaine 2 : des envies contradictoires

Fenêtre couverte de gouttes de pluie avec une ville floue en arrière-plan, évoquant la fatigue et le retrait après le Covid.

Écouter quand le corps dit oui et non en même temps

Cette deuxième semaine du défi s’est déroulée dans un corps profondément fragilisé.
Le Covid ne s’est pas contenté de durer : il s’est compliqué d’otites, avec déformation du tympan et altération de l’audition. La tête était devenue une véritable caisse de résonance, avec cette sensation que tout vibrait à l’intérieur, sans filtre possible.

À cela se sont ajoutés des acouphènes stridents, particulièrement sensibles lorsque j’essayais d’écouter la télévision. Les sons montaient dans les aigus, devenaient agressifs, parfois douloureux. Ce qui aurait pu être un moment de repos se transformait en épreuve. Le corps semblait saturé, sur-sollicité, cherchant en permanence à se protéger d’un trop-plein de stimulations.

Dans cet état, il ne s’agissait plus seulement d’être malade.
Le corps était désorienté, fatigué, occupé ailleurs. Et c’est précisément dans ce contexte que le défi de l’observation alimentaire a pris une tout autre dimension.

Un corps mobilisé par la guérison

Très vite, une évidence s’est imposée : l’énergie n’était pas disponible.
Elle était mobilisée pour lutter contre l’inflammation, gérer la douleur, s’adapter aux troubles de l’audition, maintenir un équilibre fragile.

La digestion n’était clairement pas une priorité.
La faim apparaissait de façon irrégulière : parfois absente pendant de longues heures, parfois soudaine, presque pressante, avant de s’éteindre rapidement. La satiété arrivait très tôt, souvent après quelques bouchées seulement, comme un signal clair : ça suffit pour maintenant.

Dans ces moments-là, toute tentative de contrôle devenait vaine.
Il ne s’agissait pas de manger « correctement », ni de suivre un rythme, encore moins de compenser plus tard. Le seul ajustement possible était de ne pas aller contre.

Observer la faim dans un corps fragilisé

Observer la faim quand tout va bien est une chose.
L’observer quand le corps est malade, douloureux, saturé sensoriellement, en est une autre.

Cette semaine, la faim était rarement une sensation simple. Elle se mêlait à la fatigue, à la pression dans la tête, au besoin de silence, à l’envie de s’allonger. Parfois, ce que je prenais pour une envie de manger se révélait être un besoin de repos ou de chaleur.

Le défi n’était plus d’identifier précisément la faim physiologique, mais d’accepter l’incertitude.
Reconnaître que le corps, dans ces états-là, parle par fragments, parfois de façon contradictoire, et que vouloir absolument clarifier peut devenir une contrainte de plus.

Des envies très précises

Malgré cela, des envies apparaissaient.
Et pas de manière floue.

À plusieurs reprises, des envies très nettes de produitsà base de lait se sont manifestées :
raclette, crêpes, plats crémeux, textures fondantes, chaleur du fromage, douceur d’une pâte moelleuse.

Ces images étaient insistantes, presque réconfortantes.
Elles semblaient porter la promesse d’un apaisement, d’un soutien, d’une forme de sécurité.

Mais en même temps — et c’est là que l’observation devenait troublante — un dégoût était déjà présent.

Envie et dégoût en même temps

Ce dégoût n’arrivait pas toujours après avoir mangé.
Parfois, il était là avant même la première bouchée. Une réticence diffuse, difficile à expliquer, mais bien réelle.

Lorsque j’essayais malgré tout, une chose devenait très claire :
le goût n’était plus le même,
le plaisir attendu n’arrivait pas,
et très vite, parfois après une seule bouchée, le corps disait non.

Ce refus n’était ni brutal ni dramatique.
Il était calme, immédiat, sans appel.

Cette coexistence de l’envie et du rejet a été l’un des enseignements majeurs de la semaine.

Quand l’envie ne parle pas de l’aliment

Cette expérience m’a rappelé que l’envie ne désigne pas toujours l’aliment, mais souvent ce qu’il représente.

Les produits lactés évoquent la douceur, la chaleur, le réconfort, quelque chose de nourrissant et d’enveloppant. Dans un corps affaibli, ce besoin de soutien était bien réel. Mais l’organisme, lui, n’était pas en capacité d’accueillir ces aliments.

Le dégoût n’était pas un caprice.
Il était une réaction de protection.

Les envies de sucre et la perte de plaisir

À d’autres moments, ce sont des envies de sucre qui se manifestaient.
Elles aussi étaient marquées, parfois insistantes, comme un appel à une énergie rapide.

Mais là encore, le même scénario se répétait.
Le chocolat, habituellement source de plaisir, n’avait plus le même goût. Après une bouchée, le plaisir disparaissait, parfois remplacé par un rejet immédiat.

L’envie était réelle.
Mais l’aliment proposé ne répondait pas au besoin.

Une bouchée comme information

L’un des apprentissages les plus forts de cette semaine a été celui-ci :
👉 une seule bouchée peut suffire.

Suffire à comprendre.
Suffire à écouter.
Suffire à s’arrêter.

Ne pas finir une crêpe.
Ne pas insister sur un carré de chocolat.
Ne pas se forcer « pour voir ».

S’arrêter tôt n’était pas un renoncement, mais une réponse juste.

Ce que la médecine chinoise éclaire sur cette sensation de dégoût

En médecine chinoise, le dégoût n’est pas considéré comme un problème à corriger, mais comme un signal de protection.
Lorsque le corps est affaibli par la maladie, la fatigue et l’inflammation, toute son énergie est mobilisée pour se réparer. La digestion passe alors au second plan.

Il est fréquent, dans ces états-là, de ressentir une envie très nette pour certains aliments, suivie presque aussitôt d’un rejet. L’envie exprime un besoin — de douceur, de chaleur, de soutien — tandis que le dégoût marque une limite : pas maintenant, pas comme ça.

Dans cette lecture, le dégoût n’est pas l’ennemi de l’écoute corporelle, mais l’un de ses messages les plus clairs.

Surcharge sensorielle et rejet

Cette semaine, j’ai aussi compris à quel point le rejet alimentaire faisait écho à la surcharge sensorielle globale.
Avec les acouphènes, la tête en caisse de résonance, les sons trop aigus, le corps était déjà saturé. Toute stimulation supplémentaire devenait excessive.

Refuser certains aliments n’était pas un refus de se nourrir, mais un refus d’en rajouter.

Quand manger devient secondaire

Progressivement, l’alimentation est passée au second plan.
Non par désintérêt, mais parce que d’autres besoins prenaient le dessus : le repos, le silence, la chaleur, le retrait.

Les repas étaient plus petits, parfois fractionnés.
Les aliments simples, faciles à digérer, semblaient mieux tolérés.
Et j’ai cessé d’attendre du plaisir alimentaire qu’il compense l’inconfort physique.

Ce n’était pas une privation.
C’était un ajustement.

Ce que cette semaine m’enseigne

Cette deuxième semaine m’a appris que :

  • le corps peut appeler quelque chose et le refuser en même temps,
  • l’envie parle souvent d’un besoin plus large que l’aliment lui-même,
  • le dégoût est un message, pas un problème,
  • s’arrêter tôt est une forme de respect,
  • la cohérence n’est pas une obligation quand le corps traverse une période difficile.

Vers la semaine 3

Cette semaine n’a pas été linéaire.
Elle a été faite de contradictions, de ralentissements, d’ajustements.

Mais elle a ouvert un espace d’écoute plus fin, plus humble.
La suite du défi s’inscrira dans la continuité de ce qui est là : un corps encore convalescent, et une relation en train de se transformer.

Si vous n’avez pas encore lu le cadre du défi, vous pouvez le retrouver ici :
Présentation du défi 21 jours : observer la faim et la satiété.

À lire aussi

Laisser un commentaire

Back to top